Le Monde comme volonté de fiction contre le désespoir, Camille Zéhenne

Le Monde comme volonté
de fiction contre le désespoir

Camille Zéhenne

2019

La ville de Bourdel se dote d’un nouveau programme immobilier :
Les Beaux d’or, un éco quartier où regarder les coccinelles et garer sa voitures sans faire de créneaux. Mais petit à petit les humains qui y habitent ont eu une crise du sens et ils ont quitté la ville qui est désormais peuplée d’animaux.
Le maire aussi a fait un discours d’adieu suite à l’échec de son programme immobilier. Aujourd’hui le dernier habitant de la ville flotte dans les airs. 

texte écrit dans le cadre de mon exposition « Pour une tentative d’existence hors du bloc d’un sort immobile » qui a eu lieu à l’espace Diamant à Ajaccio en 2017
et qui était tiré à 100 exemplaires par Les Editions Extensibles.

En inventoriant les usages du monde, nous le fragmentons et en le fragmentant virtuellement nous le rendons de plus en plus plein.

Avec la gentrification proportionnelle au développement urbain, les villes adoptèrent l’exigence du calme et du contrôle, repoussant les bruits, les corps, les marginaux aux abords de leurs périphérie. Ces fantômes errent sur des friches (les dernières), aux abords des autoroutes, ils n’ont plus de toit sous lequel se retrouver, ils n’ont plus de place pour se dire, ils marchent le long des routes, entre eux, comme une somme d’individus que l’erratisme aura privé d’individualité

L’artificiel s’oppose à l’imprévisible de l’organique.

Ornement, arôme, il faut substituer une propriété à une matière.
Ce qu’a fait notre société ces cent dernières années c’est apporter l’illusion que l’artificiel est une libération et un progrès.

Les paysages organiques étaient des réservoirs d’énigmes.
Les utopies générées par les paysages artificiels sont le tombeau des doutes humanistes qui reposent sous des couches de plastique et que des musiques répétitives et algorithmiques étouffent à tous les coins
de rue.

Parallel I-IV,
Harun Farocki

Réflexion autour des images animées par ordinateur, Harun Farocki livre juste avant sa mort cette série qui raconte la fabrication des images de synthèse avec comme dans le reste de son travail, l’interrogation en filigrane, qu’est-ce donc qu’une image ?

La part maudite,
Christian Vincent

Pépite documentaire, le film fait le portrait de Michel à travers la visite du chantier de son grand projet. Il a conservé de son père anarchiste espagnol ayant fui le franquisme, l’idéal libertaire ; il y ajoute un peu d’écologisme et beaucoup de bricolage pour construire, depuis près de dix ans, un palais idéal, convivial et érogène.

Imphy, capitale
de la France,
Luc Moullet

Luc Moullet, cinéaste génial et drôle cherche une capitale centrale et décentralisée trouvant son actualisation logique dans la ville d’Imphy, no man’s land de la Nièvre, il part à sa découverte à l’occasion d’un film burlesque et politique.

Les films de Jon Rafman

Pionnier des films fabriqués à partir d’images numériques, ses films sont tantôt drôles, violents, ironiques, séduisants comme le sont les images numériques qui envahissent nos rétines.

Simulacre et simulation, Jean Baudrillard

Le monde ayant disparu, le simulacre est l’indice de ce que la simulation dissimule : la reproduction d’un monde perdu, d’un univers pourri de richesse. En bref, la simulation sert à pallier la disparition du réel. Ainsi remet-elle en cause, le vrai et le faux, le réel et l’irréel. Elle est corrélée chez Jean Baudrillard au simulacre qui est la représentation médiée par la simulation.

Camille Zéhenne est actuellement en résidence à la Casa Velasquez jusqu’en 2024. Chercheuse associée au GRIPIC, Sorbonne-Université et diplômée des beaux-arts de Paris-Cergy. Autrice et Réalisatrice, membre du collectif Les Froufrous de Lilith, elle est aussi co-programmatrice du Food&Film une soirée de projections de films d’univers variés, avec une proposition culinaire, une fois par mois au Doc à Paris.
A travers des pratiques mixtes, vidéo, performance, écriture, elle choisit, analyse et rend compte d’objets, de faits et d’enjeux qui constituent et animent nos sociétés contemporaines, dans leurs dimensions matérielle, symbolique et politique : les femmes épluchant des pommes de terres au cinéma, la mythologie des smart city, la disparition des bars de nuit, les formes poétiques hors des textes, le détournement par le jeu. Elle mêle, sur un mode singulier et sensible, des approches ethnologique, sémiotique et artistique.


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