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Paloma López
2023
produit par Offshore
Les Mibelli, une famille vénézuélienne apparemment idéale, s’installent à Paris. Leur vie devient chaotique lorsque leurs nombreux meubles de Caracas arrivent dans le nouvel appartement. Avec les meubles, débarque plus que ce qu’ils pensaient.
Textes de Paloma López
J’ai grandi à Caracas. Ma famille a fui le régime politique vénézuélien en 2014, et s’est installée en France. Déracinés, ils ont traversé l’océan dans l’espoir d’un avenir meilleur – le même voyage que mes grands-parents ont fait lorsqu’ils ont émigré d’Espagne 70 ans auparavant. Moi-même, pour les même raisons, je suis partie vivre aux Etats-Unis après le lycée.
Mon projet s’inspire de l’oeuvre d’art Crisálida réalisée par mon père, Pepe López. Il s’agit d’une installation composée de 200 objets provenant de notre maison familiale à Caracas. Ces objets sont enveloppés dans du film de polyéthylène et sont disposés d’une façon qui suggère soit un emménagement soit un déménagement imminent. Après son exposition inaugurale à Caracas, Crisálida a été exposée à la chapelle de Fitzrovia, à Londres. Après l’exposition, l’oeuvre a été conservée dans un entrepôt. Cependant, aujourd’hui (ndlr : au moment de l’écriture du film), la galerie n’est pas en mesure de la conserver plus longtemps et doit envoyer les 200 objets à notre appartement familial à Paris. Trouvant cet événement de la vie réelle symboliquement fort, j’ai décidé de me l’approprier et en faire une fiction.





« N’avez-vous jamais, à l’instant où vous entrez dans une de ces
pièces, ressenti le sentiment que la lumière qui flotte, diffusée
dans la pièce, n’est pas une lumière ordinaire ? Elle possède
une qualité rare, un poids spécifique ? N’avez-vous pas senti
que ce genre d’appréhension, c’est celle que l’on ressent face
à l’éternité, comme si le fait de rester dans cet espace vous
faisait perdre la notion du temps, comme si les années passaient
sans que vous vous en rendiez compte, et qu’à l’instant où vous
en sortiez, vous seriez soudain devenu un vieillard chenu.»
Éloge de l’Ombre, Jun’ichirō Tanizaki

« Home explose d’une force plastique qui a foi en le cinéma : des images, des sons, des sensations. Le déménagement du film semble le prétexte à filmer un certain chaos émotif, culturel, social, intime. Changer de coquille n’est pas une mince affaire. Le film fait penser à Kafka et sa métamorphose. Ça croasse de partout et Paloma Lopez filme l’absurde bizarrerie du monde avec style. Tout y est sensible et sensuel, l’image, la bande-son, les comédiennes et comédien, le montage. Chaque séquence a une force de capture en soi. Lorsque Josefina s’enveloppe de film plastique comme on emballe un meuble, je pense à Bunuel. Une liberté de ton poétique, foudroyante. »
Inès Loizillon, comité de sélection Nouveaux Rêves
Les coassements de la grenouille Coquí sont le paysage sonore emblématique des nuits de Caracas. Les grenouilles manifestent ainsi une partie du passé duquel ils ne peuvent pas échapper. En effet, elle réapparaissent pour leur faire comprendre qu’ils ont du sacrifier une partie de leur identité en s’installant en France. C’est ainsi que, comme les grenouilles tropicales n’ont pas lieu dans leur appartement Parisien, une partie de leur identité n’a pas lieu dans leur nouvelle vie.
Paloma López est une réalisatrice originaire de Caracas (Venezuela), basée entre Paris et Los Angeles. Son travail aborde les thèmes de la migration, de l’identité et des affects, en adoptant une perspective transnationale centrée sur des protagonistes féminins. Paloma a reçu la bourse Ignite pour les cinéastes émergents de l’Institut Sundance. Elle est titulaire d’un master de scénario et réalisation de UCLA TFT (2022). Son film “Girls & The Party” (2021) a été présenté en avant-première au BFI Film Festival et a remporté le Grand Prix du Jury du meilleur court-métrage narratif à Outfest, Los Angeles. Son dernier court-métrage, “Home”, a été tourné à Paris avec le soutien du CNC





