Marche des femmes pour la Paix de Copenhague à Paris en 1981, Solange Fernex, ©MIRA

MIRA — mémoire des images
réanimées d’Alsace

Depuis 2006, MIRA se consacre à la collecte, la sauvegarde et la valorisation de films inédits, amateurs ou professionnels, en Alsace. Installée à la Maison de l’image à Strasbourg depuis 2013, MIRA compte près de 300 collections et plus de 6 000 bobines. 

À rhizome, nous nous intéressons de près aux pratiques amateurs et à la manière dont l’apparition du film, puis de la vidéo, a bouleversé notre langage et notre rapport au monde. C’est pour cela que nous avons eu envie de rencontrer Marion Brun, responsable des collections de MIRA, pour nous parler de cent ans d’histoire du cinéma vernaculaire alsacien.

Cet entretien a eu lieu en mars 2025.

Les films évoqués sont disponibles en ligne gratuitement
sur le site miralsace.eu

Entretien avec Marion Brun, responsable des collections

rhizome

Pouvez-vous me décrire le lieu dans lequel nous sommes ?

mira

Ce n’est pas un lieu ouvert au public. L’idée est de mettre à disposition les films que nous avons numérisés et documentés. MIRA est donc principalement une ressource en ligne. Ceci dit, nous avons des temps d’accueil pour les déposants. Nous avons du matériel ici à disposition pour visionner les films en pellicule. Nous menons aussi des ateliers pour le jeune public, une fois par mois, à la maison de l’image de Strasbourg.

rhizome

Les personnes que vous accueillez vous confient des archives familiales parfois très personnelles, j’imagine qu’il y a une dimension affective qui les lie à ces images ?

mira

Le travail de collecte est également un travail de pédagogie pour expliquer aux déposants l’intérêt de leurs images. Certes, ce sont souvent des films de famille en apparence anodins, mais ils racontent quelque chose de leur époque. Par exemple, la manière dont on donne le bain à un bébé dans les années 30 n’a plus rien à voir avec ce qui se fait dans les années 80. Pareil pour les fêtes de famille, la religion était très présente dans les célébrations de Noël et s’efface au fil du temps. La place des cadeaux, du repas, tout cela évolue et est extrêmement utile aux sociologues et aux historiens pour raconter le quotidien des familles, alsaciennes d’abord et françaises ensuite. Le rapport au corps est très prégnant, les distances n’étaient pas les mêmes, on se déplace beaucoup à pieds. À la plage on peut voir l’évolution des maillots de bain. La place des femmes dans le noyau familial évolue beaucoup et rapidement. Mais il ne faut pas oublier que la caméra et la pellicule coûtent cher. Quand je parle de la vie des alsaciennes et des alsaciens,  ce sont principalement des familles bourgeoises. Il y a des manques, et ce que l’on peut observer en creux est également très parlant. MIRA a mené récemment un travail sur ce que l’on appelle aujourd’hui les périphéries, c’est-à-dire les banlieues, qui ne sont pas du tout représentées dans la collection. Et même les cinéastes qui ont eu à cœur de filmer les transformations de la ville de Strasbourg et la construction des grands ensembles ne se sont pas du tout intéressés à la question des populations.

archive n°1 : extrait de Noëls en Lorraine, Jean Amet

Noëls en Lorraine, Jean Amet © MIRA

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Avez-vous découvert des films de fiction ? Observez-vous des tentatives de réalisation ?

mira

Oui ! Curieusement, en Alsace ça n’est pas un phénomène très répandu comparé à d’autres régions ou la pratique du cinéma amateur est très vivace. Alice, qui est actuellement en service civique avec nous, s’est penché sur ces questions et a fait émerger quelques cinéastes. Je pense particulièrement au fond Herbage, qui contient des films d’animation assez caustiques. Nous avons aussi beaucoup de cinéma militant, comme le fond Solange Ferneix, députée éco-féministe.

rhizome

De nos jours, nous produisons un flux continu d’images, c’est devenu un moyen de communication.  Comment faites vous le tri entre ce qui relève du langage et ce qui relève de l’archive ?

mira

C’est une vraie question. Ce qui fait le charme jusqu’à présent de la pellicule, c’est sa rareté. Même si ces gens en ont les moyens, sortir la caméra est un geste, un mécanisme technique, qui a un coût et qui nécessite de réfléchir à ce que l’on va filmer. D’ailleurs, on croit toujours au premier abord que les scènes sont spontanées et finalement on se rend compte que pas du tout. La personne derrière la caméra guide, place, il y’a quelque chose de l’ordre du jeu. En arrivant peu à peu sur de la vidéo analogique, c’est déjà plus compliqué. Déjà en terme de volume d’heures, il va falloir faire un tri beaucoup, beaucoup plus important. Il va y avoir des choix à faire, mais nous n’avons pas pour le moment suffisamment de recul pour les faire. Et quant au numérique, on se demande même si c’est encore notre travail à MIRA. Ces problématiques autour de l’automatisme du geste de prise de vue occupent toutes les cinémathèques aujourd’hui. Et puis il y a des questions de volonté politique, l’urgence aujourd’hui se situe peut-être davantage à l’endroit de la conservation des formats argentiques et analogiques.

archive n°2 : extrait de la Marche des femmes pour la paix, Solange Fernex

Marche des femmes pour la Paix de Copenhague à Paris en 1981, Solange Fernex, ©MIRA

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Quels sont les critères objectifs qui vous permettent de faire ce tri ?

mira

Des critères techniques, car il faut pouvoir valoriser ces films. L’intérêt du contenu, qu’il soit historique, sociologique. Des critères esthétiques, malgré tout. Et enfin, de ne pas reproduire ce qui existe déjà dans nos collections, car il est impossible aujourd’hui de tout numériser. Donc nous faisons des choix, mais sur lesquels il nous est possible de revenir. Au départ, nous étions très focalisés sur le territoire alsacien, mais plus nous évoluons, plus nous nous ouvrons à l’histoire mondiale et coloniale, sur le regard que portaient les alsaciens expatriés sur leurs contemporains.

rhizome

Sur les ateliers que vous menez avec les enfants, faites-vous des ponts avec les usages contemporains de la vidéo, par exemple sur les réseaux sociaux ?

mira

Nous avons un projet qui s’appelle “File ta bobine” avec des collégiens et des lycéens. Nous proposons aux classes de travailler sur un corpus issu de nos archives à la recréation d’un film. Au début de ces ateliers il y a un temps d’introduction à la pratique du film amateur où nous les invitons à observer leurs propres usages, ce à quoi ils sont extrêmement sensibles. Nous interrogeons leur interprétation des images que nous leur montrons, qui sont muettes pour la plupart. En les renseignant sur le contexte historique et le contexte de prise de vue on s’aperçoit qu’on fait aussi de la prévention sur la désinformation à laquelle ils sont exposés sur internet.

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Avez-vous des moments de restitution du travail de MIRA ?

mira

Oui nous faisons beaucoup de projections, notamment avec le cinéma Star. Nous organisons des cycles avec des chercheurs qui viennent commenter nos images. Cette année c’est un cycle sur les liens entre l’Alsace et l’Algérie. Nous ferons aussi de plus en plus souvent des ciné-concerts pour valoriser l’aspect artistique des collections.

archive n°3 : extrait de Club Med Marrakech, inconnu 

Club Med Marrakech, inconnu © MIRA 

Les films évoqués ici sont disponibles en intégralité aux liens suivants :
Noëls en Lorraine, Jean Amet
Marche des femmes pour la Paix de Copenhague à Paris en 1981, Solange Fernex
Club Med Marrakech, inconnu

Nous vous invitons chaleureusement à découvrir le travail de MIRA, non seulement pour son catalogue d’images accessibles en ligne gratuitement mais également pour ses articles thématiques, comme ici sur l’Algérie, le nazisme, l’Amérique ou les sports d’hiver ! Un fond d’une grande richesse, à explorer sans modération !

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