Cinéma / Bioscoop

Échange enregistré le 28 janvier 2025, merci à Justin de m’avoir fait visiter ce lieu et de m’avoir accordé du temps.

C’est un endroit un peu mystérieux, une sorte de grotte. Un petit renfoncement dans lequel viennent s’étaler les programmations de la scène alternative bruxelloise. Alors que j’attends Justin, qui doit me recevoir aujourd’hui, à l’abri du vent et de la pluie, des visiteurs viennent glaner des flyers et se renseigner sur les films à l’affiche. Ça n’est pas peu dire que la communication du Nova est minimaliste. Alors qu’il devient de plus en plus difficile pour un lieu culturel de se passer des réseaux sociaux, Nova n’en possède aucun. Et ce ne sont pas les récentes déclarations de Méta qui pourraient les convaincre de s’y mettre. Pour vous renseigner sur les séances il faut vous fier au site internet, et pour ce qui est de leur actualité, Nova mise exclusivement sur la distribution (à vélo bien entendu) du programme, soigneusement mis en page chaque mois. On le retrouve dans plus d’une centaine de lieux de la capitale, il fait partie du paysage et tout bruxellois en a déjà ramené un à la maison. J’ai dû m’y reprendre à deux fois avant que l’un des membres du collectif accepte de me rencontrer. Après une longue campagne de financement participatif les bénévoles épuisés n’ont pas beaucoup de temps à consacrer aux curieuses …

Entrée du cinéma, 3 rue d’Arenberg

Justin me propose d’abord de traverser la rue pour visiter les bureaux. “Il y’a une réunion hebdomadaire à 18h, donc dans une heure et demie il y a du monde qui va débarquer”. C’est juste en face, ils sont spacieux mais coûtent plus cher que le cinéma, dans ce quartier touristique du centre de Bruxelles. Sur l’un des murs de l’open-space s’alignent les programmes conservés avec soin depuis nonante-sept (on arrive tout pile au deux centième). Là où se trouve Nova, on peut remonter jusqu’en 1881. Cabarets et salles de théâtre se sont succédés, avant de devenir après-guerre le Studio d’Arenberg, dernier occupant des murs avant eux. Un jour, une banque rachète les murs pour en faire des bureaux sauf qu’il ne se passe rien pendant dix ans. En 1996, un collectif de jeunes cinéphiles entreprend d’occuper les lieux, réalisant que l’ex cinéma n’a jamais été détruit. Nova rebondit d’une convention d’occupation à une autre jusqu’en 2017, où la Supernova Coop est fondée afin d’acquérir définitivement les murs. Pour en savoir plus sur cette histoire, rendez-vous sur le site de Supernova. Les bureaux débordent d’affiches, de flyers, de dvd qui s’accumulent. Ils ont accueilli les archives de l’ABC, dernier cinéma pornographique de Bruxelles. Très souvent sollicité pour ressusciter des pellicules perdues dans les greniers, Nova n’a pas toujours le temps de s’atteler à ce travail de conservation qui dévie un peu de leur activité principale. C’est ici que le travail bénévole atteint sa limite, il y a plein de choses qu’on ne peut pas faire par manque de temps, et de moyens.

C’est un projet radicalement anticapitaliste : un lieu dédié au cinéma, plutôt d’auteur et expérimental (non-marchand), accessible de par son prix et de par son fonctionnement.  En parfaite horizontalité, seul un poste salarié est dédié à la coordination administrative. Le reste des postes, dits vacants, sont attribués à des bénévoles qui se relaient tous les 6 mois. Ils•elles donnent 15 à 20 heures de leur temps par semaine pour occuper des postes stratégiques qui permettent au lieu de tourner : communication, gestion technique de la salle, plannings etc. En dehors du noyau dur ( l’organigramme prend ici la forme d’un fruit, ou d’une galaxie, pour rester dans le champs lexical du cosmos) gravitent près de 150 bénévoles qui peuvent apporter ponctuellement leur aide pour accueillir les spectateur•ice•s, servir au bar, distribuer des programmes etc. Minimum 4 à 5 personnes chaque soir du jeudi au dimanche. Nova a désormais stabilisé son modèle économique, sans aucun intermédiaire, distributeur ou exploitant pour s’immiscer dans les choix de programmation. Une liberté de mouvement qui leur permet un tas d’excentricités, comme les “open screen” où chacun peut venir muni d’une clef USB pour confronter son film au public. 

Dans les sous-sols…
… des archives de Nova
Plan ancien de la salle, coupe longitudinale

On s’organise donc en bonne intelligence mais sans leader. Justin m’explique :
“La programmation ça n’est finalement qu’une petite partie de la vie du cinéma, il y’en a que ça n’intéresse pas du tout et qui sont là simplement pour l’aspect collectif et social du lieu. Il y a un CP (pour « Comité de Programmation »), on est une dizaine en ce moment dedans et ça tourne. On se réunit au minimum une fois par mois, parfois deux. Il y a d’une part ce que nous avons envie de programmer, et à cela s’ajoutent les propositions extérieures de collectifs ou d’écoles de cinéma. Et Il y a tous les partenariats avec des festivals…” 
Chaque décision est prise au consensus, jamais de vote, au risque de remettre des projets à plus tard : “Il y a parfois de supers idées qui ressortent de ces réunions, mais comme personne n’a envie de s’en emparer, elles restent dans les tiroirs pendant un an, deux ans”.
Le programme pointu, parfois expérimental et toujours très engagé, fait le portrait chinois des membres du collectif. L’avantage, c’est de ne jamais tomber en panne d’inspiration, les projets bouchonnent, le calendrier est plein pour plusieurs mois à l’avance. C’est un lieu vivant, protéïforme. Le bar, juste en dessous de la salle de projection, en est indissociable : on y débute ou prolonge sa soirée, on y passe simplement prendre son verre avant la séance (autorisé en salle), ou on y débat de ce que l’on vient de voir. Parfois on peut aussi y manger, parfois il se transforme en salle d’exposition, en boutique d’auto-éditions ou en dancefloor.

À l’affiche…
À l’occasion de l’exposition Super 8
La Kbine de projection
Le projecteur 35mm
Le bar + une auto édition
La salle de projection, le bureau des sous-titres

Vous l’aurez compris, si vous êtes de passage à Bruxelles, il vous faut venir ici. Pour capter quelque chose de l’esprit belge, pour apprendre ce que signifie le mot « zinneke ». Mais surtout pour soutenir un projet culturel démocratique et non-marchand, engagé et ouvert sur le monde.
Retrouvez toute la programmation du Nova
sur le site internet,
ou directement en salle !

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